Passionné, Dominique Aumonier a captivé son auditoire vendredi dernier .
Une quarantaine de personnes pour écouter sa conférence .
Dominique a eu la gentillesse de nous donner un résumé de la soirée pour que tous ceux qui n’ont pas pu venir puissent avoir un aperçu de son intervention :
» 1er juin 1937, le combat des croquants à la Sauvetat : la fin d’un monde »
Depuis 1635 Richelieu a ouvertement engagé le royaume dans la Guerre de Trente Ans . Les dépenses de l’état explosent, la pression fiscale s’aggrave, les passages des troupes se multiplient pour les « Communes » des provinces aquitaines .
Au printemps de 1637, les campagnes du Périgord se soulèvent contre un nouvel, impôt : les « rations de l’armée de Bayonne », levé sur l’ordre du duc d’Epernon, gouverneur à Bordeaux . Ce soulèvement, unique par son ampleur dans l’histoire de l’ancien régime, suscite l’espoir des Croquants et l’effroi des « gabelous » et des bourgeois .
Bergerac devient, 25 jours durant, le siège de la « Commune du Périgord » . Unanimes dans la révolte, leur armée encadrée par les curés et conduite par une poignée de gentilhommes, les communes en appellent au « Roi trompé » par les « gens de finances »pour obtenir justice.
Le soulèvement gagne, l’ordre vacille .
Le 15 mai, après l’échec devant Sainte Foy, « l’option Madaillan » s’impose . Les croquants marchent sur l’Agenais, ralliant les « communes » sur leur passage . Une armée royale conduite par le duc de La Valette remonte a marche forcée du front du Labourd pour leur couper la route d’Agen . La ville de la Sauvetat fut alors le lieu de la bataille qui brisa l’élan des Croquants .
Le combat de La Sauvetat du 1er juin 1937 fut le plus grand combat mené par une armée royale contre une armée paysanne dans l’histoire de la monarchie française .
Il reste avec ce soulèvement des Croquants de 1637 comme le symbole de la fin d’un monde
Au soir de la Pentecôte 1637, mise au pillage selon le « droit non écrit de la guerre, cruel et indiscuté », la ville de la Sauvetat panse ses plaies et doit se reconstruire un avenir. Les provinces aquitaines perdent un peu de leur libertés et le royaume accélère sa marche vers la centralisation administrative et fiscale .
Défaits militairement mais leur revendications satisfaites par « l’abolition royale » du 23 juin, les Croquants, la tête haute, retournent à leurs moissons .
2000 d’entre eux sont morts au combat, 25 de leurs chefs, exclus de l’abolition, sont condamnés mais une dizaine seulement exécutés . Le Roi réprime, mais le Roi pardonne . Le pouvoir de « Louis Le Juste » en 1637 n’est pas celui du « Roi Soleil » en1661 . Le feu couve dans les campagnes aquitaines plus encore qu’ailleurs, les parlementaires et la noblesse complotent . La Fronde menace .
Epernon et la Vallette ont vaincu les Croquants mais pas les Espagnols . 10 régiments royaux courent l’Aqitaine jusqu’en 1641 pour éteindre les braises . Le rendement de l’impôt est durablement compromis . Le retout en grâce « des Ducs » est de courte durée, remplacés par des hommes du roi : Condé et Fouillé, étrangers à l’Aquitaine. Les solidarités et les « privilèges » de lieu s’estompent, la féodalité recule , l’ Etat moderne s’installe isolant l’individu face au pouvoir . Les « provinces les plus belliqueuses du royaume » commencent à rentrer dans les rangs .
Les Croquants, ces paysants en armes, emblématiques des campagnes d’Aquitaine des années 1594-1652 ont fait l’Histoire. Mais leur véritable histoire, longtemps perdue dans les errements d’une littérature » bourgeoise » méprisantes à leur égard , ou instrumentalisée par les auteurs républicains qui la transposent dans la France de 1789, ne fut écrite qu’au début des années 1970 par l’historien universitaire Yves Marie Bercé .
5 juin 2026
Dominique Aumonier






